Chronique d’un Chalet Inattendu

Francine l’avait repéré un peu par hasard. Une annonce sur Facebook, glissée entre des nouvelles locales et des photos de chats perdus. Un joli chalet nommé « l’Alisier ». Où diable se trouvait-il ? Dans un recoin du Valais, forcément, se disait-on. Et un chalet en Valais ? Hors de question ! Trop loin, trop de bouchons, trop de contraintes. Pourtant, son charme rustique, sa cuisine moderne et son chauffage bien pensé, ont piqué notre curiosité. Une rapide recherche a suffi pour renverser nos préjugés : rien à voir avec un coin reculé des Alpes valaisannes, mais dans un écrin de nature à 25 minutes de Vevey, sans embouteillages pour y parvenir, Lally...

La suite ? Un appel WhatsApp entre la Suisse et l’Arabie Saoudite – la routine du moment. “Vas-y, demande le dossier, on ne sait jamais”, s’exclame Hubert depuis Jeddah. L’engrenage était lancé. En avril, nous signions. Hubert, lui, ne verrait le chalet qu’en juin, bloqué pendant six mois à l’étranger à cause des restrictions de voyage dû au Covid-19. Toutes les visites jusqu’à l'achat s’étaient faites sous la neige, avec une visibilité limitée. Une révélation nous attendait en découvrant enfin la vue : le Chablais, les Dents du Midi, la Dent de Lys, un panorama majestueux qui allait devenir le nôtre.

Bien sûr, il y eut des surprises. Le chalet était en excellent état, mais rempli jusqu’au faîtage d’objets accumulés au fil des ans par l’ancien propriétaire. Nous avons vite fait connaissance avec la déchetterie de Blonay, où nous sommes devenus des habitués. Et puis il y avait le terrain... Plus vaste qu’envisagé, avec une multitude d’arbres demandant un entretien qu’Hubert, réaliste, anticipait déjà avec une pointe d’appréhension.

L’idée d’ouvrir le chalet aux voyageurs n’était pas une évidence. Nous aimons recevoir, certes, mais de là à gérer un hébergement… C’est seulement lors des fêtes de Noël 2023 que la discussion a pris forme. Et dans la foulée, sans trop y croire, nous nous sommes inscrits sur Airbnb au début janvier 2024. Stupeur : en quelques jours, les premières réservations arrivaient pour février.

Tout s’est enchaîné sans accroc. Les démarches étaient simples, les autorités locales réactives, et l’accueil des voyageurs s’est fait naturellement. Les premiers visiteurs ne sont pas venus de loin. Cinq dames suisses alémaniques ! Des amoureuses du chant en camp musical pour le weekend à Lally. Elles ont profité des balades autour des Pléiades, ont cuisiné, joué et imprégné notre chalet de leurs belles voix. Les autres personnes hébergées ont chacune à leur tour apporté un peu de leurs bonnes ondes pour créer la bonne atmosphère qui règne chez nous. Pas de galères, pas de mauvaises surprises. Juste de belles rencontres et des visiteurs charmés par l’âme du chalet et la beauté des Pléiades. Pour nous, ce chalet était un coup du sort. Pour nos hôtes, il est devenu une parenthèse hors du temps.

Et dire que tout le monde pense que les jolis chalets ne se trouvent qu’en Valais… 😊